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L’âne de Buridan, selon la légende est mort parce qu’ayant faim et soif, et placé à égale distance d’un seau de picotin et d’un seau d’eau, son indécision, qui fût son troisième choix, l’empêcha d’aller vers l’un ou l’autre de ces deux seaux.

Ce dilemme, cette indécision n’a-t-elle pas joué lors de ces dernières élections ? La cinquième place du candidat investi par le parti socialiste est peut-être la meilleure illustration de ce qu’il s’est en partie joué lors du premier tour de la présidentielle. L’électorat socialiste était habitué à « voter utile ». Les déchirements de la primaire socialiste, la suite des règlements de comptes entre pro-Hollande et frondeurs ont amené les électeurs traditionnels du parti socialiste devant un dilemme du même type.

Tout d’un coup, ils se sont retrouvés avec 3 choix :

  • Voter socialiste officiel en choisissant le bulletin Hamon
  • Choisir un social libéralisme dans le droit fil des années Hollande en votant Macron
  • Choisir une option plus à gauche en optant pour Mélenchon.

Le phénomène du vote utile de cet électorat a joué à deux reprises :

  1. Dans un premier temps, c’est Macron qui a capitalisé les voix les plus à droite des ex-socialistes.
  2. Tout d’un coup la candidature de Hamon ne servait plus à rien. Alors la partie la plus à gauche, paradoxalement, celle la plus proche du candidat officiel, a, elle aussi, choisi de voter utile en votant Mélenchon

Du coup, la pertinence d’un vote Hamon, puis d’un vote socialiste a disparu. Les législatives ont montré que le parti socialiste était devenu le cinquième parti de France.

Mais le résultat est plus mauvais que ce qu’il n’y paraît. Dans le score socialiste demeure des candidats autorisés. En ce soir du 18 juin, il y a officiellement 29 députés socialistes, 3 radicaux de gauche, 1 EELV et 12 « divers gauche ». Ne cherchez pas plus loin, il n’y a pas 45 élus socialistes et leurs alliés, comme la soirée électorale l’a répété à l’envie. Bon nombre de ces élus sont des députés autorisés par Macron qui n’avaient pas de candidat « République en Marche en face d’eux. Il ne faut avoir aucun doute s’ils avaient eu à affronter une concurrence « En marche », il n’y aurait peut-être plus eu de groupe socialiste à l’Assemblée. Pour détailler, si nous observons qui sont les 3 élues radicales de gauche. Nous avons Jeannine Dubié dans les Hautes Pyrénées qui est élu face à un candidat en marche. Ensuite, Sylvia Pinel en Tarn et Garonne est élue en l’absence de candidat REM, qui lui aurait certainement interdit l’accès à un second tour. Et enfin Annick Girardin est élue à Saint-Pierre et Miquelon, alors qu’elle est Ministre de ce gouvernement. Ces 3 élues vont-elles voter la confiance au gouvernement comme une seule femme. Mais plus encore, est-il sensé de les additionner dans une « groupe socialiste » présenté comme une force d’opposition ? Quid du seul député écologiste Eric Alauzet ? Sur la ligne De Rugy, est élu sans candidat en Marche et soutenu de près par ce mouvement ? On le voit mal dans une attitude de franche opposition, même s’il portait l’étiquette EELV. Mais quid des 29 socialistes « encartés », en combien de sous-catégories faut-il les dénombrer ? Il y a ceux qui venant de la fronde auront été soutenu par la France Insoumise pour le second tour comme Régis Juanico ou Jérôme Lambert (2 députés sur 29), il y a ceux qui auront gagné face à un candidat de la « République en Marche » sans l’appui de La France Insoulise(19 sur 29), comme Valérie Rabault dans le Tarn et Garonne ou Boris Vallaud dans les Landes, enfin il y a ceux – Macron compatibles –qui ont été autorisés par les REM, comme Stéphane Le Foll, Georges Pau-Langevin ou Ericka Bareigts (8 députés sur 29). Pas facile de produire une addition bien unie. Enfin, il y a les 12 « divers gauche », parmi lesquels Manuels Valls. Ce « groupe » comprend 9 ultra-marins aux contextes locaux très importants et 4 de ces 12 députés n’avaient de candidat en Marche ou modem en face d’eux. Compliqué d’en déduire des logiques nationales de groupe.

Mais le dilemme de l’âne de Buridan a également concerné Les Républicains. Il ne fait plus de doutes pour personne que tout autre candidat Républicain, en lieu et place de F. Fillon, aurait gagné l’élection et que Macron n’aurait pas vu le second tour. Le dilemme n’est apparu qu’aux législatives. Il s’est mis en place après la nomination du gouvernement. L’électorat traditionnellement à droite s’est retrouvé avec les mêmes trois choix :

  • Voter Républicain pur sucre et porter un bulletin « Les Républicains » ou UDI.
  • Ou bien voter « utile » en votant Macron pour la partie la plus libérale de la droite
  • Ou bien voter pour une droite plus dure en se retournant vers le FN.

Et tout d’un coup le vote des Républicains non-Macron compatible ne servait plus à grand chose. Même constat sur 113 candidats Républicains 13 UDI, seule une partie des députés ont gagné contre des candidats en Marche. Les autres sont aussi des députés « autorisés ».

Mais le dilemme va se nicher beaucoup plus loin dans l’élection législative. L’inversion du calendrier par L. Jospin en 2001 aura été la première pierre de cette mise à l’épreuve de l’âne de Buridan pour l’ensemble de l’électorat. Car, là aussi, il y a trois choix :

  • Voter utile en votant pour les candidats qui se déclarent pour le Président (option légitimiste)
  • Voter contestation en votant pour une des opposants au Président.
  • Ou bien ne pas voter, voter blanc ou nul.

C’est la question qui va se poser aux « groupes » que sont les socialistes et apparentés d’une part et les Républicains d’autre part dès la vote de la confiance au gouvernement. Ils voteront la confiance, contre la confiance, ou s’abstiendront. C’est là que seront réellement créés les groupes.

Si des députés restent dans un même groupe après avoir voté différemment la question de la confiance, ils continueraient à prouver qu’ils ne comprennent pas le rejet que les électeurs viennent de leur infliger. Tout le monde va bien comprendre que ce sont des questions d’argent, de moyens mis à disposition des groupes qui auront prévalu face aux idées.

Il est un chiffre peu commenté des résultats des deux premiers tours (Présidentielle et Législatives). Il y a eu beaucoup de commentaires sur les pertes du Front National et de La France Insoumise entre ces deux scrutins. Tous les commentateurs et analystes ont mis le doigt sur la désaffection de ceux qui avaient voté pour Marine Le Pen et J.L. Mélenchon à la présidentielle et qui ne sont pas revenus voter pour les candidats de ces deux formations. Tout le monde a son commentaire sur le débat manqué de M. Le Pen, ou sur les difficultés de créer les conditions de candidatures uniques à gauche de J.L. Mélenchon. En revanche, personne n’a parlé de la désaffection du vote Macron et République en Marche et Modem.

En effet, E. Macron avait réuni 8,66 millions d’électeurs, mais un mois et demi après, la somme des voix des candidats du Modem additionnée à celle des candidats en Marche n’atteint que 7,32 millions. Le camp du Président, qui bénéficie de l’engouement de celui qui a gagné, conséquence du régime hyper présidentialisé a perdu plus de 1,3 millions d’électeurs.

Les abstentionnistes, additionnés aux votes blancs ont tous été confrontés au fameux dilemme. Seul un peu moins de 15% des électeurs inscrits ont voté leur confiance en ce président et son gouvernement lors du premier tour. Je vois la tentation de toutes les formations politiques qui estiment que ces abstentionnistes pourraient être « pour eux ». La seule chose qui est sûre, c’est que les abstentionnistes ont choisi… de ne pas choisir.

Et si nous avions tous étés des ânes de Buridan ?

(Toutes les sources proviennent des résultats publiés sur Mediapart et du Ministère de l'intérieur)

Prochain article : quelle reconfiguration politique ?

Tag(s) : #France, #Le Séquestre

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