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« Voilà une bonne chose de fête, on va pouvoir revenir s’occuper du jardin ! »

C’est sur cette remarque d’un concitoyen de la commune que j’ai clôturé le scrutin dans la mairie du Séquestre. Amusé par la remarque de cet électeur de la dernière heure, je lui ai demandé si les tomates seraient de meilleure qualité, ou si la campagne l’avait à ce point mobilisé qu’il en avait perdu le chemin du potager. Et sa réponse en disait long sur l’usure de la confrontation électorale. Il m’a fait remonter le début de la présidentielle à l’été dernier, soit près d’un an de course électorale. La pré-campagne de Macron, la primaire de la droite, l’abandon de Hollande, la primaire PS (il avait entre-temps oublié la primaire des Verts), les affaires, la campagne présidentielle, et maintenant les législatives.

Comme je sentais une amertume, je l’ai questionné sur son choix à lui. Un électeur exemplaire, il n’a manqué aucun scrutin. Et le choix est surprenant de bout en bout. Il avait voté Juppé, premier et deuxième tour « parce que c’était le plus fiable », Puis Hamon, premier et deuxième tour « pour laisser le champ libre à Macron ». Et enfin Macron tour un et deux pour la présidentielle, idem pour les législatives, même si au premier tour de la Présidentielle il avait hésité à voter Mélenchon. Je lui ai dit qu’il devait être content car il avait bel et bien gagné. Et à cela il m’a répondu que « c’était nul, mais qu’il n’en avait pas grand chose à faire, et qu’il ne croyait pas à ce nouveau président ! »

Un homme seul ne vaut pas tous les sondages de la Terre. Mais cet enseignant à la retraite, ancien militant PS dans les années 80, peut-être 70, adepte du vote utile (ne comprend pas pourquoi, il peut y avoir plus de 5 candidats à une élection) et aurait voulu un autre choix : une vraie candidature de gauche. Le dégagisme, il a trouvé cela tellement bien « qu’il a dégagé tout le monde ».

Où est la majorité ? Où sont les oppositions ? Tout d’abord, quelle majorité existe-t-il ? Il y a 60% des députés REM ou MODEM, alors que l’ensemble des votes de premier tour (de la législative) de ces formations ne fait pas 15% des inscrits. Mais la majorité sera plus grande que cela.

Au-delà des élus REM et MODEM, il y aura certainement une proportion de « Constructifs » des Républicains ou de l’UDI. Il est çà noter que l’UDI ne peut pas se permettre d’avoir trop de députés dans cette catégorie car avec 18 élus, ils pourraient courir le risque de ne plus avoir un groupe à l’assemblée. Dé là à ce qu’il se crée un groupe parlementaire nouveau de députés de droite Macron compatible. Les Républicains et UDI « droits dans leurs bottes pourraient tomber en dessous de 100 unités.

Pour eux la tâche va être ardue car il faudra réinventer une nouvelle politique de droite avec une forte concurrence appliquée par le pouvoir en place et la politique libérale que la droite aurait aimé mener à sa place.

Il va y avoir une tentation de penser une droite dure en s’appuyant sur un possible affaiblissement de la droite nationaliste.

L’élection de M. Le Pen et de 7 autres députés frontistes qui ne sont pas sur la ligne Philippot va donner un répit à la leader frontiste. Néanmoins, la séquence du second tour de la présidentielle aura porté un coup durable. Le front national devrait connaître un long et durable déclin. Il existera une tentation de créer cette droite dure de Wauquier à M. Maréchal Le Pen. Mais celle-ci aura une difficulté structurelle : se trouver un chef unique et incontestable.

Mais si recomposition il doit y avoir, c’est incontestablement à gauche que le chantier est le plus ample. Cette longue période électorale se termine par des expressions étonnantes : « et droite et gauche », « en finir avec les clivages », « tout le monde derrière un même objectif ».

J’ai la sensation qu’il s’agit d’une très lourde erreur. Je crois, au contraire, peut-être à contre courant qu’il est temps de recréer un vrai clivage. Le projet Macron est un projet libéral, celui de la France qui irait bien. La France qui ne vote pas, est celle de la France qui ne va pas bien. La sociologie envoyée à l’assemblée devrait questionner. Plus d’ouvriers, plus d’employés. La représentation nationale est la France d’en haut. Il n’existe qu’un seul projet : le projet libéral.

Avant d’en venir à la France Insoumise, il est important de revenir sur la dernière séquence du parti socialiste. La question de savoir s’il est mort ou pas est une fausse question. Il y a fort à parier que le parti socialiste existe durablement. Mais il se pourrait qu’il devienne un autre parti radical de gauche cantonné à fournir quelques élus sans trame de fond idéologique assez forte pour le rendre différenciateur.

Finalement le PS termine sa course de la rupture de 1983. Dans la précipitation de l’élection de 81, le PS n’a pas su ou pu penser un projet progressiste en arrivant au pouvoir. Peut-être était-ce la conséquence d’une trop longue période d’opposition, éloigné du pouvoir. Autant il est aisé d’haranguer des foules sur des discours d’opposition, autant il est difficile d’être d’une opposition de proposition, sans cesse renouvelée, par l’actualité, par ce qui fait les mouvements du monde. Un projet qui s’oppose devrait être un projet en constante évolution, tout comme être au pouvoir consiste à s’adapter aux circonstances qui apparaissent. De fait être socialiste consistait à dire que l’on était de gauche dans les meetings et appliquer des politiques très libérales, une fois au pouvoir que ce soit à l’échelon local ou national.

Peu à peu l’électorat initial de la gauche qui était composé des couches populaires se lasse et ne croit plus aux changements qui auraient du les concerner. La promesse devient mensonge, l’adhésion se mute en défiance. L’émergence du front national qui suit de peu l’arrivée de la gauche au pouvoir est quasi mécanique. Au début ce sont des couches populaires qui ne votaient pas à gauche qui font les premiers scores frontistes. Mais peu à peu, ce sont l’ensemble des couches populaires qui se sentent abandonnées par la gauche que l’on va commencer à qualifier de gauche caviar. Pour finir par un parti socialiste exempts de militants, et composé d’élus et de salariés d’élus.

Mais si la droite traditionnelle doit réinventer son projet, la gauche doit, en plus d’un projet, s’adapter à un mode de gouvernance (celle de la cinquième République) qui ne correspond pas à ce qui fait une gouvernance de gauche. Il est très étonnant que le mode de désignation, à l’intérieur du parti socialiste soit calqué sur le mode d’élection (scrutin majoritaire à deux tours) de cette République que les canons de la gauche veulent abattre. Conséquemment le mode de pensée de gouvernance n’est, en soi, pas de gauche. C’est une entreprise difficile à gauche que de désigner un leader, un candidat. Bien souvent être investi dans une ville un canton, une circonscription se résumé à un choix fait par quelques dizaines de militants, parfois très fortement sélectionnés. Le PS n’a pas seul cet apanage, le PRG et EELV sont aussi dans cette configuration fort peu démocratique. Bien souvent dans ces organisations, un trait commun consiste à dire que si l’extérieur (comprendre, ceux qui ne sont les militants encartés) connaissaient ces turpitudes, personne ne voteraient pour ces candidats.

La nouveauté de la France Insoumise. Dans cette dernière année deux formations politiques sont apparues : la République en Marche et la France Insoumise. Pour le coup, un projet politique de gauche est (ré-)apparu à cette occasion. IL va rester un travail important de construction d’un réel projet global de gauche. Indéniablement LFI est la formation qui porte le plus cette possibilité.

Passons au crible les autres formations qui, à gauche, auraient pu prétendre à cela. Le parti socialiste vient de connaître un effondrement militant. Je conseille l’article de Fabien ESCALONA qui documente celui-ci sur Médiapart. Je partage cette analyse, d’autant plus que le résultat du second tour des législatives ne laisse au PS que 30 députés, qui risque fort dans les jours qui viennent à se diviser en trois, entre ceux qui vont voter la confiance au gouvernement, ceux qui vont s’abstenir et ceux qui vont voter contre. Ces 3 choix sont 3 orientations politiques tellement différentes que l’on ne peut pas imaginer que cela représente une formation politique unie. C’est tout le drame de cette fin du PS, rassembler des orientations politiques qui ne se retrouvaient ensemble que sur une seule chose, fournir des postes électoraux (et de salariés) aux affidés. Tant qu’une clarification ne sera pas faite, il ne sera pas possible de rien reconstruire. Et il m’est avis que les esprits ne sont pas prêts.

Il y a eu les radicaux de gauche. C’est la situation du PS avec 60 ans d’avance. Les radicaux ont disparu de la vie politique et ne sont jamais réapparus en position de reprendre le pouvoir. Il est à noter que les 3 députés élus pourraient fort bien faire trois choix différents pour le vote de confiance au gouvernement.

Les écologistes de EELV. A l’instar du PS, il s’agit d’une formation dont l’objet principal consiste à fournir des candidats avec des règles juste incompréhensibles pour le grand public et ou le clanisme dispute au parti familial. Là aussi, il est à noter que le seul député EELV sera dans la majorité Macron... Difficile à suivre. Si l’idée initiale de créer une coopérative était une excellente idée, la confrontation aux réalités des ambitions personnelles a fait disparaître cette formation politique, même si elle conservera des élus, comme les 2 précédentes.

La parti communiste se sort plutôt bien de cette dernière étape électorale. En renforçant le nombre de ses élus, il s’agit certainement d’une des surprises de ce scrutin, même si cela ne concerne qu’un tout petit nombre de bastions. Dans le reste du pays, si il demeure une base militante, il n’y a souvent plus de base électorale.

Il y a enfin une myriade de petits partis (Ensemble, parti de gauche, nouvelle gauche socialistes, nouvelle Donne, Gauche unitaire...). Elles ont été des composantes du Front de gauche. Mais chacune prise à part ne peut porter un projet car il s’agit là de formations qui ne représentent que quelques centaines de militants, quelques milliers pour les plus conséquentes et tout au plus quelques élus, parfois même un seul. On retrouve dans la France Insoumise bon nombre de ces formations.

Il me semble que le travail à fournir autour de la France Insoumise doit se passer autour de 3 axes :

  • la gouvernance. le processus de désignation doit éviter deux écueils :
    • la reproduction du système scrutin uninominal à deux tours
    • la désignation venue d’en haut qui est souvent une autre dérive partisane.

Une piste est surement à creuser du côté du scrutin par jugement prioritaire.

  • le projet. Les formations politiques ont un tropisme : parler à l’ensemble des français. Leurs projets ne concernent que l’échelon national. Les déclinaisons régionales, départementales, communales ou intercommunales n’existent pas. Ce point très peu repris dans les médias (eux aussi nationaux), contribue à la banalisation du « tous pareils ». La politique manque d’indicateurs. Pire encore quand on compare les régions, les départements ou les villes, il n’y a pas de césures nettes entre villes de gauche et ville de droite.
  • l’ouverture. Le défi le plus grand devant La France Insoumise et J.L. Mélenchon est celui de l’ouverture. Une fois posée la question de la constitution d’un groupe unique ou non avec le PC, l’extension de son aire d’influence passera par la possibilité d’ouverture. Le reproche a souvent été fait sur la personnalisation de la France Insoumise à son leader. Il ne m’a pas semblé voir quelque chose de très différent du côté de la République en Marche.

Enfin évoquant le candidat qu’a été Mélenchon, il a souvent été question de son caractère, de son égo, des ces engueulades avec les journalistes ou encore de ses « soutiens aux bolivariens ». Mais force est de constater qu’il a réussi à (re-)parler aux couches populaires qui avaient quitté la gauche, et si la gauche doit se recomposer, cela ne se fera pas sans lui.

En tout état de cause, le chantier est immense.

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