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Comment achetons-nous ? Est-ce un sujet politique ?

Dans la profusion d’informations que l’on reçoit, j’ai vu arriver cette image d’un diaporama mettant en exergue les résultats d’un sondage de l’IFOP.

Je n’ai pas le moindre doute sur la qualité de l’enquête et sur la véracité des résultats. Mais pourquoi n’apprend-on rien dans cette étude, et surtout pourquoi pratiquement tout est faux ?

 

Regardez bien la question. Quels sont les critères auxquels vous accordez le plus d’importance quand vous achetez ?

Et la réponse qui vient en premier, tant en première réponse, qu’en réponses cumulées est la qualité. Et si c’était faux ?

Comment un consommateur est-il capable de juger de la qualité ? Comment sait-il reconnaître un œuf chargé au fypronil d’un œuf propre ?

Quand il achète telle ou telle marque d’eau comment sait-il que telle est de meilleure qualité ? D’aucuns s’y sont essayé et une association de consommateurs avait même démontrer que les eaux n’avaient aucune efficacité pour la perte de poids, ce qui constitue toujours une critère d’achat de qualité pour une grande quantité de consommateurs.

Comment juge-t-on de la qualité d’un iPhone ou d’un Samsung ? Comment tous ces milliards de consommateurs sont-ils tous devenus des experts de l’électronique pour juger de la qualité des composants ?

Comment, quand il achète une voiture est-il capable de juger de la qualité des alliages de la fabrication du moteur ? Comment connaît-il les différents types de gommes qui font les pneus ?

Au fait quand vous achetez une voiture, quand savez-vous vraiment qu’elle est de qualité ? Quand vous avez fait 100.000 kilomètres et qu’elle n’est pas tombé en panne ! Vous savez qu’un produit est de bonne qualité bien après son achat, quand vous avez pu expérimenter et tester en grandeur réelle qu’il avait été de bonne qualité.

Le consommateur est d’ailleurs plutôt compatissant avec son achat. S’il tombe en panne avec une voiture de marque prestigieuse, il n’aura pas eu de chance, si son voisin tombe en panne avec une marque exotique, c’est bien fait pour lui, il aurait dû s’en douter !

Sur les marchés de mon enfance, je voyais des vendeurs de melon qui répondaient qu’ils n’étaient pas dans le melon pour juger de leur qualité, manière de dire que c’est en le mangeant que l’on saurait s’il était bon… ou pas. C’est à dire après l’achat.

 

On confond la qualité avec la notoriété. Et cela change tout. Car si la qualité est une affaire de production d’ingénieurs de chimistes, de cuisiniers, d’agriculteurs, de producteurs, la notoriété est uniquement une question de marketing. Et là, on a le droit de dire tout ce que l’on veut, on peut mentir autant que l’on veut (ou presque) et tout passe.

Si la qualité était le vrai critère d’achat, ce serait très simple, tout le monde achèterait le même produit. En fait le problème vient du fait que l’on achète des produits alors que l’on a besoin de services.

Qu’est-ce qu’une voiture ? C’est le besoin de se déplacer. Une réponse peut être ma voiture, mais aussi le train, le bus, le vélo. Mais on ne cherche pas par rapport à son besoin, mais par rapport à ses envies. Alors, on a envie de se déplacer avec une voiture qui est une manière de se positionner socialement. Dans les critères d’achat du dernier Iphone qui va valoir plus d’un SMIC, il semblerait que ce soit surtout la possibilité de pouvoir montrer une appartenance à une classe de la société au dessus de la masse. Il n’y a aucune question de qualité. La preuve ? Quand ces nouveaux produits sortent, il y a la queue pour les acheter avant même qu’ils ne soient sortis, donc avec aucune preuve concrète qu’ils soient de bonne qualité. Une autre preuve, certains produits de telle mauvaise qualité que les fabricants sont obligés de les rappeler en réparation en masse. Allez une dernière preuve ? certains produits sont venus avec une garantie, une preuve du fabricant lui-même qu’il n’est pas sûr que son produit ne va pas tomber en panne dès le premier jour !

Mais force est de constater que cela ne nous empêche pas de continuer à les acheter en masse.

Dans l’affaire dite du dieselgate, tout le monde a eu la preuve que des marques entières fabriquaient des voitures de mauvaise qualité, avec des caractéristiques techniques mensongères, qui plus est. Mais les achats, donc les ventes se sont poursuivis, sans réelle inflexion de la part des consommateurs que nous sommes tous collectivement.

La marque est annoncée comme étant un critère à hauteur de 2% des clients. Quand quelqu’un va acheter un iphone, une BM, une Evian, un MacDo, une Rollex, un sac Louis Vuitton, du Sopalin, le journal Le Monde, il n’achète qu’une marque.

La réponse manquante dans le questionnaire est la notoriété, car, il est aisé de lier marque et notoriété. Quand vous questionner une preuve de la qualité de son achat à un consommateur, il va d’ailleurs très vite dire, comme pour se justifier, la marque de son produit.

 

Alors la réponse à la seconde question posée dans le titre est Oui.

Oui, l’acte d’acheter est une question politique. La politique ultralibérale qui prévaut partout dans le monde consisterait à donner la liberté au client de son choix. N’allez pas penser que je préconise une société ex Allemagne de l’est où tout le monde avait le droit d’acheter une Trabant, une sorte d’univers gris où tout le monde aurait la même maison, le même pantalon, la même blouse.

Mais l’absence de règles, dans la phobie organisée des normes est surtout faite pour que nous n’ayons pas le choix, bien au contraire. Souvent le choix est proposé par un très petits nombre de groupes (oligarchie) proposant des tas de marques différentes pour donner l’illusion du choix où à la fin de fins, c’est toujours le même groupe qui touche les dividendes. Il y a longtemps qu’à ce moment du raisonnement, la qualité, du point de vue du fabricant a laissé la priorité à la marge. Et donc à chaque fois qu’une émission d’investigation commence à se pencher sur un secteur, un produit, on se rend compte que la qualité finit même par disparaître ! La viande de porc est gonflée aux antibiotiques, rares sont les produits alimentaires sans conservateurs aux effets indésirables, l’obsolescence est programmée, les vêtements provoquent des démangeaisons, même les meubles sont farcis de perturbateurs endocriniens…

Alors il faut devenir consomm’acteur, mais même de cela les marques s’en emparent pour essayer de faire croire qu’en passant par les leurs, vous seriez devenu un consommateur intelligent.

La liberté c’est Médiapart et le canard enchaîné qui vivent sans publicité et sans actionnaire industriel. La liberté c’est celle que prend Biocoop de supprimer – librement - les bouteilles plastiques pour les eaux qu’ils vendent. La liberté, c’est le courage dont font preuve les agriculteurs de changer leurs pratiques culturales. Mais ces exemples sont rares. Et le politique, les politiques ne sont pas des grands facilitateurs de cette vraie liberté.

Tag(s) : #Développement durable, #biocoop, #Pauvreté

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