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MethaneCombien de temps allons-nous vivre les énergies renouvelables avec des politiques au jour le jour ? Depuis les Grenelle successifs, il est devenu de plus en plus difficile de produire de l’électricité éolienne, les derniers réajustements du solaire photovoltaïque vont générer des années de retard supplémentaire pour le renouvellement de notre bouquet énergétique du 21° siècle, et que dire de l’arbitraire du moratoire qui vient d’être décidé le 2 décembre dernier ? Si on voulait fragiliser une filière, le gouvernement ne s’y prendrait pas autrement.

Et enfin, comment expliquer que le premier pays agricole de l’UE soit un des plus mal dotés (quelques dizaines en France contre plus de 4.000 en Allemagne) en installations de méthanisations ? En effet nous avons à portée de main une source d’énergie naturelle et renouvelable mais inexploitée.

Ce sont les tontes des espaces verts, le fumier de vache ou de brebis, le lisier de porc, les déchets de fruits et légumes, ceux de la restauration et une partie des déchets ménagers, se cache du biogaz, majoritairement composé de méthane (CH4), qui ne demande qu’à être utilisés.

Son potentiel mobilisable à moyen terme est de l’ordre de 2 à 4 millions de tonnes équivalent pétrole (Mtep) ; à comparer au 39 Mtep de gaz naturel consommé en France en 2009.

Non seulement il s’agit d’une ressource renouvelable, mais aujourd’hui, en ne l’exploitant pas, c’est un gaz qui s’échappe dans l’atmosphère, participant au changement climatique. En effet le CH4 représente 10% des émissions de gaz à effet de serre de la France et près de 20% dans les régions agricoles. Ce sujet mérite d’être pris au sérieux car le CH4 possède un pouvoir de réchauffement climatique plus de 20 fois supérieur à celui du CO2.

De plus, ces déchets où se trouve le biogaz, ont un autre impact sur l’environnement. S’ils sont ou ont été insuffisamment traités, ils provoquent des pollutions organiques très nocives pour les  milieux naturels comme c’est le cas en Bretagne. Alors que le biogaz, lui, présente des atouts considérables.

C’est une source d’énergie renouvelable produisant de la chaleur et pouvant se stocker. Notre pays doit développer toutes les énergies renouvelables, mais il faut donner la priorité à la lutte contre le réchauffement climatique, et c’est d’abord de la chaleur respectueuse de l’environnement qu’il faut produire pour diminuer notre consommation de produits pétroliers. Le biogaz s’inscrit parfaitement dans cet objectif et son exploitation participe à notre indépendance énergétique, tout en favorisant le maintien ou la création d’activités économiques locales dans le génie civil par exemple,  tout en apportant des compléments de revenus aux exploitations agricoles de taille familiale. Qui plus est, toutes ces activités ne sont en rien délocalisables.

Deux types de valorisation semblent à retenir : l’une à la ferme l’autre territoriale.

Dans les 2 cas il s’agit de rassembler à des échelles différentes, des déchets organiques  d’origines agricoles, agroalimentaires complétés par des déchets verts et ménagers  et de les faire fermenter dans des conditions particulières. A la sortie l’exploitant récupère du biogaz qui pourra produire de l’électricité, de la chaleur ou être injecté dans le réseau de gaz naturel. Des résidus solides sont également produits qui sont des amendements agricoles naturels. En croisant les deux types de valorisation, agricole et territoriale, une trame sur le territoire de méthaniseurs induirait une production d’énergie de proximité, des solutions pour nombre s de déchets, et de moindres pollutions olfactives.

Par ailleurs le développement du biogaz permet d’anticiper des évolutions prévisibles et à respecter des engagements. La mise en décharge de déchets fermentescibles, et donc producteurs de biogaz, devra dans les années à avenir se réduire significativement. En effet sans le décollage de cette filière notre pays pourra difficilement en 2020 produire 23% de son énergie par des sources renouvelables comme il s’y est engagé.

Nous constatons, également, que la consommation de gaz naturel d’origine fossile attire de nombreux pays. La Chine et les USA préparent la construction de nombreuses centrales à gaz, ce qui va vraisemblablement créer à moyen terme des tensions sur cette ressource. Le biométhane, issu du biogaz, possède la même composition chimique que le gaz naturel et peut donc être une alternative ou un complément possible à celui-ci.

Puisqu’il vaut mieux prévenir que guérir, il suffirait de peu de choses pour que cette filière  se développe.

Le réseau des Agences régionales de l’énergie et de l’environnement propose 3 mesures concrètes pour que se développe cette filière.

1) Porter le coût de rachat du KWh biogaz au coût le plus bas actuel du KWh solaire photovoltaïque correspondants à des panneaux installés en plein champ ; c'est-à-dire passer de 0.14 €/KWh au mieux à 0.20 €/KWh. Cette tarification permettrait d’assurer la viabilité financière de la plupart des projets.

2) Fixer, enfin, les conditions techniques et financières de l’injection du biométhane dans le réseau d’alimentation en gaz naturel

3) Simplifier les démarches pour créer une nouvelle installation qui durent aujourd’hui de 3 à 7 ans.

Les agences régionales de l’énergie et de l’environnement qui sont des acteurs de terrain, sont persuadées que si ces trois propositions étaient retenues, la filière biogaz française décollerait comme c’est déjà le cas dans d’autres pays européens comme l’Allemagne.

Dans des régions à dimension agricole que nos agences connaissent bien comme Poitou-Charentes, Midi-Pyrénées, Rhône Alpes, de nombreux projets sont prêts à partir. La Bretagne qui aurait besoin de sécuriser son approvisionnement en énergie et qui par ailleurs dispose de quantités importantes de déchets organiques serait également un territoire à privilégier.

Faire en sorte que 10% de notre besoin en gaz provienne d’un gisement local, c’est comme imaginer qu’un méthaniser arrive en plein milieu du territoire national participant au renforcement de l’activité agricole, à une ressource économique nouvelle et à un meilleur environnement.

Tag(s) : #France

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