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Il y a une chose que j’adore dans le développement durable, c’est apprendre des mots. L’après-midi même du jour où j’ai été élu Président de l’ARPE, agence du développement durable de la région Midi-Pyrénées, j’ai été invité à clôturer un séminaire sur le BRF, ou Bois Raméal Fragmenté. Je me suis dit que j’allais mettre les pieds dans une salle minuscule avec quelques passionnés d’une cause forcément perdue.

Que nenni, ce sont plusieurs centaines de personnes – chercheurs, agriculteurs, représentants de chambre d’agriculture, élus et autres membres de la fonction publique – qui étaient réunis dans l’amphithéâtre de l’ENFA (Ecole National de Formation Agronomique de Toulouse Auzeville). Et là, j’ai appris des tas de choses.

Tout d’abord, j’ai compris comment les plantes poussaient ! ça n’a l’air de rien, mais la graine que l’on sème, ne pousse pas toute seule. J’ai appris par exemple qu’un sol était composé d’une partie stérile qui représente 95,96, voire 98 % du sol, et que la partie restante, quelques pourcents donc, était l’humus qui servait de réservoir à nourriture pour les plantes que l’homme plante ou sème selon son bon vouloir. Selon la quantité d’humus, le sol est plus ou moins riche. Et la richesse de celui-ci n’est pas une constante.

En effet, plus on cultive un sol plus il s’appauvrit. J’avais déjà entendu cela, sans en comprendre dans les détails le fonctionnement.

En fait un sol que l’on cultive, on dit qu’on l’exploite de façon minière. On extrait de la mine la part de l’humus qui sert à faire pousser les récoltes que l’on espère.

Quel est le rapport entre l’exploitation agricole des sols et le BRF ? Et bien ce dernier est une solution capable de ré enrichir le sol en humus et de l’avis de tous les scientifiques présents, il s’agit d’une vraie révolution.

J’explique tout d’abord ce que ce fameux BRF. Le Bois Raméal Fragmenté est le résultat du broyat de branche de moins de 7 cm de diamètre déchiqueté en plaquettes de quelques centimètres de long. Ce bois frais est très riche en matières susceptibles de fournir du carbone au sol. Une fois celui-ci réduit en petits morceaux, il suffit de l’étaler à raison de quelques centimètres d’épaisseur sur le sol, de l’incorporer à l’occasion des labours, le BRF agit comme une sorte d’engrais à très long terme. En pourrissant dans le sol, il crée de l’humus et enrichit ainsi les terres.

Le BRF présente également d’autres avantages. Tout d’abord, il apporte une quantité d’eau supplémentaire et permet ainsi de moins arroser. Sur les espaces verts de ma commune, et pas dans cette logique d’enrichissement des sols, j’avais bien remarqué qu’en mettant au pied des plantes de nos espaces verts des résidus de broyat des branches que nous avions coupées par ailleurs, nous avions besoin de moins arroser. Le plus spectaculaire est la température au sol. Tout un chacun peut le vérifier, si vous avez fait des plantations sur bâche, mettez la main sur la bâche un plein midi d’été, et répétez l’opération en ayant pris soin de mettre du bois broyé sur la même bâche. Dans le premier cas, vous ne serez pas loin des 70°, dans le second cas, vous ne dépasserez pas les 30 ou 40°.

Autre avantage du BRF, c’est une manière riche de stocker du carbone. A l’heure où tout un chacun cherche comment stocker du carbone, trouver une utilisation qui enrichisse les terres agricoles est une solution qui mérite que l’on s’y attarde. Même si aujourd’hui, il est trop tôt pour bien mesurer quelles sont les quantités de CO2 ou équivalent que l’on peut stocker par ce biais, c’est une piste à poursuivre.

Mais le plus important est le rapport au monde agricole. La fonction agricole est en premier lieu de nourrir la population. Avec un horizon maintenant établi à 10 milliards d’êtres humains dans ce siècle, l’exploitation minière des terres arables est à considérer sous l’angle de l’éventuel épuisement de la richesse de ces terres. En cela le BRF comme source d’enrichissement des terres sans intrants chimiques, en réutilisation de la nature et de ce qu’elle prodigue autour de nous : des arbres, des haies, des forêts ; est une idée intéressante à creuser.

Pour cela le circuit est relativement simple et accessible pour les agriculteurs et autres amoureux de la nature. Il faut planter des haies, il faut savoir les tailler – il faudrait à ce titre un peu oublier les épareuses – ensuite broyer les branches fines et les mettre dans les champs. Je connais l’objection. C’est celle du temps et de la mécanisation de ces choses là. Mais nous n’en sommes qu’au tout début. Il ne s’agit pas de technologies évoluées, et puis pour tout ceux qui ont un jardin, pensez-y la prochaine fois que vous rabattrez vos arbres et arbustes, c’est une destination possible différente que le composteur ou la déchetterie. Vous pouvez acheter un petit broyeur électrique pour quelques centaines d’euros, je vous suggère de faire comme moi, achetez le à plusieurs, vous ne vous en servirez pas tous les week end.

Tag(s) : #Développement durable

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